Invité de l’entretien grand format de Bip Radio, ce dimanche 3 mai 2026, Professeur Théodore Holo, futur sénateur et ancien président de la Cour constitutionnelle, a levé un coin de voile sur la mise en place du Sénat. Installation probable en juin, siège à Cotonou, rôle juridique clarifié et débats sur la préséance relativisés : l’universitaire répond sans détour aux controverses autour de cette nouvelle institution.
Le processus d’installation du Sénat béninois entre dans sa phase décisive. Reçu dans l’émission « Entretien grand format » de Bip Radio, Professeur Théodore Holo, membre de droit de la future chambre haute, s’est voulu à la fois prudent et pédagogique sur les contours de cette institution encore au cœur de nombreuses interrogations.
Selon l’ancien président de la Cour constitutionnelle, sauf imprévu, le Sénat devrait être installé au mois de juin 2026. Une échéance qui s’inscrit, explique-t-il, dans le respect du calendrier constitutionnel et des étapes préalables indispensables, notamment la désignation complète des 25 membres devant composer l’institution.
Sur la question du siège, Théodore Holo est formel : le Sénat siégera à Cotonou. Toutefois, il indique que le bâtiment définitif est encore en chantier, laissant entendre qu’une installation provisoire pourrait être envisagée en attendant l’achèvement des infrastructures.
Prestation de serment : Holo tranche le débat
L’une des préoccupations majeures de l’opinion concerne la prestation de serment du président élu, prévue avant même l’installation effective du Sénat. Sur ce point, le constitutionnaliste se montre catégorique : l’absence du bureau du Sénat ne saurait invalider la cérémonie.
Il rappelle que, juridiquement, c’est le président de la Cour constitutionnelle qui reçoit le serment et en garantit la validité. La présence des autres institutions, dont le Sénat, relève davantage du protocole que d’une exigence fondamentale.
À l’appui de son argumentation, Théodore Holo évoque plusieurs précédents historiques au Bénin, notamment des cas de report ou d’annulation de prestation de serment pour non-respect du texte ou du contenu du serment, et non pour des questions liées à la présence institutionnelle.
Préséance : une polémique sans fondement selon lui
Autre sujet de controverse : le décret fixant l’ordre de préséance, qui place le président du Sénat avant celui de l’Assemblée nationale. Une disposition qui suscite débats et incompréhensions.
L’ancien juge constitutionnel relativise : « Il n’existe pas de règle universelle en la matière », a-t-il affirmé. Selon lui, la hiérarchie protocolaire dépend des traditions propres à chaque pays. Il cite notamment l’exemple de la France où le président du Sénat assure l’intérim en cas de vacance du pouvoir, preuve que la chambre haute peut occuper une position prééminente.
Pour Théodore Holo, cette question ne constitue pas un problème de fond, sauf si le décret venait à être contesté devant la Cour constitutionnelle.
Sénateurs non élus : une légitimité constitutionnelle
Face aux critiques sur la désignation des sénateurs, contrairement aux députés élus, le professeur Holo oppose une lecture rigoureuse de la Constitution. Il rappelle que la souveraineté s’exerce non seulement par les représentants élus, mais aussi à travers les institutions prévues par la loi fondamentale.
Prenant l’exemple de la Cour constitutionnelle, dont les membres ne sont pas élus mais disposent d’un pouvoir de contrôle sur les lois votées par les députés, il insiste : la légitimité ne découle pas uniquement du suffrage direct, mais également du cadre constitutionnel établi par le peuple lui-même.
Un rôle d’expertise et de régulation
Enfin, Théodore Holo replace le Sénat dans une perspective historique et institutionnelle. Il rappelle que, dans plusieurs traditions politiques, notamment depuis la Rome antique, cette chambre est conçue comme un espace de sagesse et d’expertise, chargé d’apporter un éclairage au travail législatif.
Au Bénin, cette logique s’inscrit dans la volonté de renforcer l’équilibre institutionnel, même si le projet avait déjà été évoqué dès la Conférence nationale sans aboutir à l’époque.
A. ABALLO
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