Au 37e jour de la guerre au Moyen-Orient, deux officiels américains ont affirmé avoir secouru le pilote dont l’avion de combat avait été abattu en Iran, vendredi 3 avril. Le président Trump a confirmé le sauvetage du pilote, qu’il assure être « gravement blessé ». Après s’être éjecté du F-15E Strike Eagle (photo d’illustration), le militaire «s’est caché dans une crevasse montagneuse», dévoile le New York Times
Derrière les lignes ennemies, armé d’un simple pistolet
L’opération de sauvetage s’est déroulée dans la province du Kohgiluyeh-et-Boyer-Ahmad, dans le sud-ouest du pays.
L’avion, un chasseur-bombardier F-15E, avait été abattu dans cette région, et ses deux occupants s’étaient éjectés en vol. Si le pilote a été rapidement secouru, l’officier des systèmes d’armes restait introuvable.
Après s’être éjecté du F-15E, le militaire « s’est caché dans une crevasse montagneuse », armé d’un simple pistolet, dévoile le New York Times. Sa localisation exacte est restée longtemps inconnue des Américains, comme des Iraniens : Téhéran avait promis une récompense pour sa capture.
Au cours de son périple pour échapper, notamment, aux Gardiens de la Révolution qui le traquaient, l’officier a dû « escalader une crête à plus de 2 100 mètres d’altitude », poursuit le quotidien américain.
Une localisation compliquée
La localisation de l’aviateur n’était pas aisée. Celui-ci a pris contact avec sa hiérarchie dès vendredi, assurent des sources à la chaîne CNN. Mais il aurait été blessé lors de l’éjection. De plus, sa balise, destinée à guider les forces américaines vers sa position, pouvait tout autant le trahir. Il lui était donc difficile de la laisser constamment activée.
« Même dans une zone montagneuse comme celle-là, il ne faut surtout pas bouger et il faut communiquer le moins possible, explique Jean-Marc Tanguy, journaliste à Air et Cosmos, au micro de Marine de La Moissonnière de RFI. Chaque pilote des forces armées occidentales a un kit de survie sur lui. Il y a évidemment de l’eau, des petites rations réchauffables facilement et des [aliments] énergisants qui vous permettent de tenir plusieurs jours. »
L’opération de secours, elle, aurait débuté par un grand brouillard informationnel. Une source au sein de l’administration américaine affirme au New York Times que la CIA a d’abord lancé une campagne de désinformation pour tromper les forces iraniennes et les convaincre que « l’aviateur avait déjà été secouru et quittait le pays par convoi terrestre ». L’agence de renseignements a finalement pu localiser ce dernier, et a transmis l’information au Pentagone.
Un sauvetage réussi, mais à quel prix ?
Le sauvetage en lui-même a, selon les dires de Donald Trump, mobilisé des dizaines d’avions, équipés des « armes les plus meurtrières ». Des hélicoptères ont complété le dispositif. Au total, plusieurs centaines de soldats ont été mobilisés dans l’opération, selon les médias américains.
« Pour récupérer un pilote au sol, il faut non seulement voler à son altitude, mais aussi se poser, en territoire ennemi, alors qu’il n’y a pas d’autres forces américaines [en soutien] au sol. C’est une situation extrêmement dangereuse », confirme à RFI le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission française auprès de l’ONU.
Des bombardements ont eu lieu pour « sécuriser » le lieu d’extraction, et repousser des convois militaires iraniens qui convergeaient vers l’aviateur. C’est finalement des commandos de l’unité SEAL Team 6 de la Marine américaine qui ont permis l’exfiltration du militaire.
Mais tout ne se serait pas « déroulé selon les plans ». Selon le New York Times et CBS, deux des avions engagés dans l’opération sont restés bloqués sur une base isolée en Iran. Les forces américaines les ont remplacés par trois autres appareils et ont détruit ceux restés au sol pour qu’ils ne tombent pas entre les mains du régime. L’armée iranienne a précisé, de son côté, que les États-Unis avaient utilisé un aéroport abandonné près d’Ispahan, dans le sud du pays.
Mais celle-ci affirme aussi que « deux avions de transport militaire C-130 et deux hélicoptères Black Hawk américains ont été détruits » pendant l’opération. Des photos de débris ont été partagées par les Gardiens de la Révolution et le président du Parlement iranien – photos dont nous ne sommes pas en mesure, pour le moment, de certifier qu’elles correspondent aux déclarations iraniennes.
Plusieurs appareils de combat américains ont été abattus au-dessus de l’Iran, affirment ce dimanche 5 avril les Gardiens de la Révolution, dans l’opération de sauvetage d’un pilote américain disparu depuis vendredi. Le président Trump a salué « l’une des opérations de recherche et de sauvetage les plus audacieuses de l’histoire des États-Unis ». Il a assuré que celui-ci est « gravement blessé ».
Alors que les Gardiens de la Révolution disent avoir visé un navire lié à Israël dans le détroit d’Ormuz, le Green Sanvi, un méthanier battant pavillon indien et chargé de gaz de pétrole liquéfié (GPL), a pu traverser le détroit et fait route vers l’Inde, a indiqué, ce 4 avril, le ministère des Transports maritimes.
Donald Trump a de nouveau menacé d’intensifier les attaques contre l’Iran, lui donnant un ultimatum de 48 heures pour rouvrir le détroit d’Ormuz « avant que l’enfer ne se déchaîne sur [lui] ». Les forces armées iraniennes ont rejeté ces injonctions, les qualifiant de « stupides ».