L’acteur Chuck Norris est décédé le 19 mars 2026, à l’âge de 86 ans, a annoncé sa famille sur Instagram. Star des films d’action des années 1970-1980 puis du petit écran dans la série Walker, Texas Ranger, maître en arts martiaux et patriote américain dans l’âme, il était aussi devenu une légende d’internet grâce aux célèbres « Chuck Norris Facts », ces plaisanteries glorifiant son image
Il s’est dit tant de choses à son sujet qu’on en aurait presque oublié qu’il était humain. Internet et les blagueurs l’avaient dépeint en éternel indestructible, à coups d’histoires drôles et de mythes impossibles connus sous le nom de « Chuck Norris Facts ». Mais la réalité a rejoint l’acteur qui s’en est allé, jeudi 19 mars, laissant toute une communauté orpheline de son icône.
Sous la bannière étoilée, la naissance d’un maître en arts martiaux
Bien avant le cinéma et les « Facts » du web, l’histoire commence à Ryan, petite ville de l’Oklahoma frontalière avec le Texas. C’est ici que Carlos Ray « Chuck » Norris voit le jour le 10 mars 1940. Il est le premier des trois enfants de Ray, un homme aux origines indiennes cherokee, et de Wilma, une descendante d’immigrés irlandais.
L’enfance de Carlos – qui n’est pas encore surnommé Chuck – Norris n’est pas des plus joyeuses. L’argent manque à la maison et les problèmes d’alcool du père compliquent le quotidien du foyer. Le couple Ray-Wilma divorce quand leur fils aîné a 16 ans. La vie du jeune homme, alors peu porté sur le sport et les études, bascule en 1958.
À 18 ans, il se marie avec sa compagne, Dianne Holechek, et s’engage dans l’US Air Force. D’abord stationné dans l’Arizona, le jeune soldat est ensuite envoyé à Osan, base américaine en Corée du Sud, en pleine guerre froide. C’est là-bas, au sein de l’armée, qu’il est surnommé Chuck et qu’il découvre les arts martiaux. Tangsudo, judo, karaté… Le coup de foudre est total. Chuck Norris se consacre corps et âme à sa nouvelle passion et collectionne les ceintures. Il créé même le tangsudo américain, genre hybride mêlant plusieurs arts martiaux.
Un duel mythique face à Bruce Lee
En 1962, Chuck Norris est libéré de son service. La même année, il devient père pour la première fois. Expert en arts martiaux, premier Occidental à obtenir une ceinture noire 8e dan en taekwondo, il brille en compétition et se voit sacré champion du monde de karaté à six reprises. À la même époque, il se lie d’amitié avec un certain Bruce Lee et ouvre plusieurs écoles de karaté. Dans l’une d’elle, l’instructeur a pour élève un jeune garçon nommé Chad, dont le père n’est autre que l’acteur Steve McQueen.
« Steve pensait que je pourrais avoir une chance au cinéma. Il disait »tu as cette intensité dans les yeux quand tu te bats que le public pourrait aimer, ça pourrait t’être profitable » », confia Chuck Norris au New York Times. Le pas vers Hollywood est franchi en 1968 : le karatéka fait sa première apparition sur grand écran dans Matt Helm règle ses comptes, où il tient un petit rôle face à Dean Martin. Un rôle musclé, bien sûr.
La consécration arrive dès son deuxième film en 1972 : La Fureur du dragon. Ce sera le plus grand succès de la carrière de Bruce Lee, que Chuck Norris affronte dans un combat d’anthologie. Les deux hommes, torses nus, se livrent un combat dantesque au sein du Colisée de Rome. La Fureur du dragon accède au statut de film culte et propulse la carrière cinématographique de Chuck Norris, qui se spécialise dans les productions d’arts martiaux.
Le ranger starifié sur la Toile
Les années 1980 sont fastes pour la nouvelle coqueluche américaine. Portés disparus et Portés disparus 2 en font un héros de la guerre du Vietnam de l’Amérique reaganienne. Patriote fidèle aux valeurs conservatrices, Chuck Norris est un porte-étendard de premier choix. Ses films ne font pas dans la dentelle : ça tire, ça cogne dur, ça explose… Le scénario est secondaire, du moment que la star brille, biceps saillants et armes à feu déchaînées. La recette fonctionne à fond. Les deux opus de Delta Force sont des must de caricatures au panthéon des nanars… mais c’est ce qu’on attend de Chuck Norris. Certaines scènes et répliques accèdent à la postérité, comme son « Je mets les pieds où je veux, et c’est souvent dans la gueule » clamé dans Portés disparus 3. Le gros bras a droit à son étoile sur le célèbre Hollywood Walk of Fame en 1989.
À partir de 1993, l’acteur conquiert aussi le petit écran avec la série Walker, Texas Ranger. Pendant huit ans, il interprète Cordell Walker, un ranger experts en arts martiaux chargé de faire régner la loi dans l’État texan, avec son chapeau Stetson et ses bottes Santiags. Là aussi, la série véhicule les valeurs d’une Amérique conservatrice. Le programme du cow-boy des temps modernes connaît un grand succès jusqu’à son interruption en 2001.
Chuck Norris se fait alors plus rare sur les écrans mais use toujours de sa notoriété pour défendre ses convictions. Adhérent de la National Rifle Association (NRA, le puissant lobby des armes aux États-Unis), engagé jusqu’à l’os côté républicain et fervent membre de la communauté des chrétiens baptistes (un courant évangélique), le « patriote ceinture noire » comme il se définit, soutient à 100% l’armée américaine, rendant visite aux soldats postés à l’étranger comme aux vétérans.
Parallèlement, avec la démocratisation d’internet au milieu des années 2000, Chuck Norris devient une star en ligne avec la création des « Chuck Norris Facts », recueil inépuisable de blagues faisant la part belle à la figure d’invincible de l’acteur. Celui-ci se voit attribuer moult exploits improbables, quand ils ne sont pas impossibles : « Chuck Norris a déjà compté jusqu’à l’infini, deux fois » ; « Chuck Norris ne se trompe pas, c’est la vérité qui se trompe » ; « Dieu croit en Chuck Norris »… Même Google prend part aux gags : à la requête « Trouver Chuck Norris », le moteur de recherche en ligne répond « Google ne recherchera pas Chuck Norris car il sait que personne ne peut trouver Chuck Norris, c’est lui qui vous trouvera ! »
Parmi les « Facts », l’un d’eux prétend que « Chuck Norris ne peut pas mourir ». Dans le monde réel, c’est désormais faux ; en ligne et dans les mémoires, c’est une autre histoire.