A la lumière du drame survenu à Zinvié, où une élève de 18 ans s’est donné la mort après des difficultés scolaires et des tensions familiales, la question du bien-être psychologique des apprenants revient au cœur du débat. Dans cet entretien accordé à Les 4 Vérités, Rémi MISSEHOUNGBE, Directeur de l’École Primaire Publique de Sikè-Sud/C et Président de l’APE du CEG L’Océan, analyse l’impact des difficultés scolaires sur les enfants et propose des pistes concrètes aux parents pour mieux accompagner leurs progénitures.
Les 4 Vérités: Pouvez-vous nous parler de l’impact des difficultés scolaires sur le bien-être psychologique des élèves, à la lumière du drame récent survenu à Zinvié ?
Rémi Missehoungbé : Les difficultés scolaires affectent gravement le bien-être psychologique des apprenants. Elles entraînent souvent une baisse de l’estime de soi, une anxiété liée à la performance et un profond découragement. Cette situation peut se traduire par du stress, des troubles du comportement et un désengagement progressif de la vie scolaire.
Lorsque ces difficultés ne sont pas prises en charge, elles peuvent détériorer la santé mentale de l’enfant, provoquant un sentiment d’impuissance, voire une dépression. Dans certains cas extrêmes, comme celui de l’élève de Zinvié, l’absence d’encadrement psychologique peut conduire à des actes irréparables. Un suivi attentif et un accompagnement adapté sont donc indispensables.
Il faut aussi souligner que la pression académique a beaucoup évolué. Autrefois, les châtiments corporels, l’autorité rigide du maître et l’obligation de restituer les leçons mot à mot poussaient certains élèves à fuir l’école. Aujourd’hui, l’atmosphère est plus détendue et les pratiques pédagogiques ont changé.
Par ailleurs, l’école n’est plus perçue comme l’unique voie de réussite sociale. Beaucoup constatent que certains diplômés peinent à s’insérer, tandis que d’autres réussissent sans longues études. Cette réalité influence aussi la perception que les familles ont de la pression scolaire.
Quels signes d’alerte peuvent aider les parents à repérer qu’un enfant est en détresse face à ses études ?
Plusieurs signes peuvent alerter les parents :le manque d’appétit ; un stress excessif ; l’isolement ; des changements brusques d’humeur ; des troubles du comportement ; des troubles du sommeil ; l’évitement des discussions sur l’école.
Pour détecter une souffrance, il est essentiel d’assurer un suivi régulier à la maison comme à l’école. Les parents doivent observer leurs enfants du réveil au coucher, échanger avec eux après les cours, consulter leurs cahiers et leurs sacs de manière pédagogique, sans les humilier ni les frustrer. Le dialogue reste la clé.
Selon vous, comment les parents doivent-ils réagir lorsqu’un élève rencontre des difficultés scolaires persistantes, sans tomber dans l’excès de pression ou dans le jugement ?
Face à des difficultés persistantes, l’accompagnement doit être renforcé. Les parents doivent rendre régulièrement visite aux enseignants ou à l’administration pour comprendre la situation.
Il ne faut surtout pas sanctionner l’enfant en réduisant son argent de petit-déjeuner ou en le privant systématiquement. Il est préférable d’installer un climat de détente et de confiance afin qu’il se livre volontiers.
Les parents doivent contrôler les notes, encourager l’enfant même lorsque les résultats ne sont pas satisfaisants et éviter de lui rappeler sans cesse les dépenses liées à sa scolarité. Ce type de reproche aggrave la pression et fragilise davantage l’élève.
Quel rôle l’Association des Parents d’Élèves peut-elle jouer pour favoriser un climat de soutien et de dialogue ?
Le bureau de l’APE représente l’ensemble des parents ayant un enfant dans l’établissement. Il peut servir de pont entre les familles et l’école.
A travers les enseignants, l’administration, les professeurs principaux, les délégués de classe, les facilitateurs ou encore le personnel de soutien, il est possible d’obtenir des informations utiles sur le comportement des élèves.
Par exemple, le gardien peut remarquer ceux qui traînent après les cours, les responsables de cantine peuvent signaler des comportements inhabituels, et les délégués de classe connaissent souvent bien leurs camarades. En utilisant ces différents canaux, l’APE peut détecter les difficultés et proposer des solutions pour améliorer le climat scolaire.
Quelles recommandations donneriez-vous aux parents pour renforcer l’estime de soi et la résilience des enfants, même lorsque les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes ?
Les parents ne doivent pas se laisser gagner par le découragement lorsque les résultats ne sont pas satisfaisants. L’échec prépare le succès, mais cela ne signifie pas qu’il faut l’encourager.
Il est important de : faire comprendre à l’enfant que l’échec fait partie du parcours scolaire ; le rassurer sur sa valeur personnelle ; valoriser ses efforts plutôt que ses seules notes minables ; instaurer un climat de dialogue sans jugement.
Un enfant soutenu, écouté et encouragé développe davantage de confiance en lui et trouve la force de rebondir face aux difficultés.
Propos recueillis par : Aser ABALLO