« Prendre de la mesure, c’est savoir s’arrêter et créer un espace entre ce que l’on ressent et ce que l’on exprime. Ce n’est ni faiblesse ni résignation. C’est de la maîtrise, de la lucidité et de la maturité ». Propos de Christhelle Houndonougbo Alioza dans la chronique de la semaine intitulé ‘La mesure , l’arme des esprits forts dans un monde d’excès’. Que cette semaine soit une invitation à renouer avec la mesure dans vos paroles, dit-elle. Lisez plutôt.
Chers ami·e·s,
Il suffit parfois d’un seul mot de trop pour détruire ce que des années ont patiemment construit. Il suffit d’une décision prise sous l’emprise de l’émotion pour compromettre une vie entière. Il suffit d’un instant sans mesure pour effacer la valeur du temps, de l’effort et de la loyauté.
Dans nos sociétés où tout va vite, où l’émotion précède souvent la raison, la mesure semble être une vertu oubliée, presque désuète. Pourtant, elle demeure l’un des fondements les plus sûrs de la stabilité humaine, sociale et politique. Elle n’est pas une contrainte, mais une force intérieure qui protège nos relations, renforce notre crédibilité et donne du poids à nos actions.
Prendre de la mesure, c’est savoir s’arrêter et créer un espace entre ce que l’on ressent et ce que l’on exprime. Ce n’est ni faiblesse ni résignation. C’est de la maîtrise, de la lucidité et de la maturité. Aristote parlait déjà de la juste mesure comme équilibre entre excès et défaut. Confucius enseignait que l’homme sage contrôle ses paroles et ses actions pour servir la communauté et l’harmonie. Épictète, philosophe stoïcien, rappelait que nous ne pouvons maîtriser les événements, mais nous pouvons maîtriser notre réaction face à eux. La mesure est donc cet art de rester juste et ferme, même lorsque la tension est forte.
Dans les conflits, la mesure agit comme un phare. Trop souvent, nous insistons, argumentons, nous justifions, alors que l’autre refuse d’entendre. Face à ce mur, l’absence de mesure pousse à l’acharnement, à l’élévation du ton, voire à la rupture. Comme le soulignait Hannah Arendt, l’action irréfléchie engendre souvent le chaos. La mesure consiste ici à discerner quand parler et quand se taire, quand persister et quand se retirer.
Elle est aussi une intelligence du temps. Tout ne se résout pas dans l’instant. Certaines décisions exigent patience, maturation, parfois même attente. Sénèque enseignait que maîtriser son impatience, c’est déjà maîtriser une part essentielle de sa vie. La précipitation obscurcit, le temps éclaire.
Prenons un exemple concret. Dans une entreprise, deux collègues se disputent sur un projet. Chacun veut imposer son idée immédiatement. Sans mesure, le conflit dégénère, le ton monte, le travail se bloque. Mais si chacun prend un moment pour respirer, écouter l’autre et réfléchir à un compromis, le projet avance, la relation se consolide et la confiance s’installe. Voilà la puissance concrète de la mesure : elle transforme un conflit potentiel en opportunité de coopération.
Dans la vie sociale et communautaire, la mesure préserve la cohésion. Elle permet de relativiser, de pardonner et de ne pas répondre à une blessure par une autre. Là où elle fait défaut, les tensions s’accumulent, les liens se fragilisent et les sociétés se fissurent. Des dirigeants comme Angela Merkel, Kofi Annan, ou Mahatma Gandhi ont montré que la patience, l’écoute et la retenue peuvent produire des résultats que la force brute ou la précipitation ne sauraient atteindre.
En définitive, la mesure est une sagesse active, un art de vivre et d’agir qui donne du sens à nos choix et à nos relations. Dans un monde qui glorifie l’excès et la réaction immédiate, choisir la mesure est un acte de maturité, de responsabilité et de puissance intérieure.
Que cette semaine soit une invitation à renouer avec la mesure dans vos paroles, pour qu’elles élèvent ; dans vos décisions, pour qu’elles construisent ; dans vos relations, pour qu’elles durent. Excellente semaine à toutes et à tous, sous le signe de l’équilibre, de la retenue et de la sagesse.
CHA
Femme Noire. Femme de Pouvoir.