Législatives 2026 : La chute libre de LD et les leçons à tirer

Politique

Les résultats provisoires publiés par la CENA à l’issue des législatives du 11 janvier 2026 redessinent en profondeur le paysage politique béninois. Avec 60 sièges pour l’Union progressiste le Renouveau (UPR) et 49 pour le Bloc républicain (BR), la prochaine Assemblée nationale sera composée de députés issus de ces deux formations. Le parti Les Démocrates (LD), pourtant crédité de grandes ambitions, sort totalement du Parlement, n’obtenant aucun siège, avec à peine 16 % des suffrages au plan national et 13 circonscriptions électorales où il n’a pas franchi le seuil des 20 %.

‎Un effondrement politique aux causes internes

‎Cette débâcle électorale de LD n’est ni un accident, ni un simple revers conjoncturel. Elle est le produit d’un malaise profond, nourri par des choix stratégiques contestés et une gestion interne jugée autoritaire par de nombreux militants.

‎Depuis plusieurs échéances électorales, un même reproche revient avec insistance : la manière dont le président du parti, Boni Yayi, impose ses choix, notamment en ce qui concerne la désignation des candidats aux grandes compétitions électorales. Déjà en 2016, alors qu’il disposait encore d’une large coalition au pouvoir, cette méthode avait semé frustrations et divisions. Le scénario s’est répété en 2021, et se confirme encore à l’approche de la présidentielle d’avril prochain, avec la mise à l’écart de cadres jugés méritants au profit de profils perçus comme des « jokers », parachutés sans ancrage réel.

‎Résultat : une démobilisation de la base, des démissions en cascade et, pour beaucoup de militants, un désengagement silencieux par déception ou dépit.

‎À première vue, la configuration de la prochaine Assemblée nationale pourrait laisser croire à une institution monocolore, dominée par deux partis proches de la mouvance présidentielle. Une analyse plus fine montre pourtant une réalité politique plus nuancée.

‎De nombreux députés nouvellement élus sur les listes UPR et BR sont d’anciens cadres ou fondateurs de LD, qui ont choisi de quitter ce parti après avoir constaté qu’il ne leur offrait plus un cadre d’expression politique responsable et républicain. Leur élection, conjuguée à l’effondrement de LD, valide a posteriori leur choix politique. Ces anciens opposants, désormais parlementaires, portent des sensibilités diverses et sont en mesure d’introduire la contradiction, de nourrir les débats et de formuler des propositions alternatives au sein de l’hémicycle. La pluralité des opinions ne disparaît donc pas : elle change simplement de cadre.

‎La fin d’un cycle : celui de l’opposition de rue et de la contestation permanente

‎La chute du parti Les Democrates se traduit aussi comme son rejet par une partie de l’électorat qui perçoit la formation politique d’une opposition stérile. D’où une sorte de sanction infligée par les partisans. Les figures emblématiques de cette opposition radicale, qui ont pris leurs distances avec ce modèle, se retrouvent aujourd’hui élues et appelées à jouer un rôle institutionnel. C’est, pour beaucoup d’observateurs, la fin d’un cycle : celui de l’opposition de rue et de la contestation permanente, au profit d’une opposition parlementaire plus constructive, inscrite dans les règles du jeu démocratique.

‎Un vote utile et une leçon de maturité politique

‎Dans plusieurs circonscriptions réputées favorables à LD notamment les 1ère, 2ème et 3ème, le parti a été littéralement laminé, démontrant que sa popularité réelle avait été largement surestimée. Les électeurs ont opéré un vote utile, recentrant leurs choix sur les formations jugées capables de gouverner et d’assurer une stabilité institutionnelle.

‎Comparé à 2023, le recul est net. Le vote d’émotion qui avait profité à LD semble s’être dissipé, au profit d’un vote de raison, fondé sur l’évaluation du comportement politique du parti.

‎Un message clair à tous les acteurs politiques

‎Enfin, ces résultats livrent un enseignement sans appel : les discours extrêmes et les postures de rupture ne font pas une majorité nationale. Ceux qui se présentaient comme des justiciers face à une classe politique décriée découvrent aujourd’hui, chiffres à l’appui, leur marginalité électorale.

‎Le peuple béninois a parlé. Il a indiqué à chaque formation sa place sur l’échiquier politique. Aux partis majoritaires revient désormais la responsabilité de favoriser l’expression plurielle, d’intégrer les voix discordantes et de faire de la prochaine Assemblée nationale un véritable espace de débats républicains.

‎A. ABALLO