(Prendre conscience pour la période de la présidentielle à venir)
À chaque période électorale, les discours se multiplient, les promesses fleurissent et les couleurs des partis envahissent l’espace public. Mais au Bénin, cette effervescence démocratique semble désormais rimer avec un autre spectacle, moins reluisant : celui des rues jonchées de prospectus, de brochures et de papiers frappés des logos des formations politiques.
Dans presque toutes les communes, le constat est le même. Des militants en marche, d’autres juchés sur des camions-podiums, lancent à la volée des tracts comme on asperge de l’eau. Quelques secondes d’animation, puis des trottoirs souillés, des caniveaux obstrués et des rues qui perdent aussitôt l’éclat que leur avaient redonné les agents de la Société de Gestion des Déchets et de la Salubrité (SGDS). Cette situation interroge et indigne. Comment comprendre que des acteurs politiques, qui aspirent à diriger les collectivités et à gérer les affaires publiques, participent eux-mêmes à la dégradation du cadre de vie des citoyens ? Comment prôner le développement, la modernité et la responsabilité, tout en contribuant à l’insalubrité urbaine ?
La question mérite d’être posée sans détour : cette pratique relève-t-elle d’un simple laisser-aller ou d’une conviction tacite selon laquelle « d’autres nettoieront après » ? Les agents de salubrité seraient-ils devenus, malgré eux, une excuse à l’incivisme politique ? Ou pire, cette pollution visuelle et environnementale serait-elle tolérée, voire banalisée, par les autorités en charge de l’organisation et de l’encadrement des campagnes ?
Selon le communiqué du Ministère du Cadre de Vie et des Transports du Bénin portant décret n°2023-453 du 13 septembre 2023, le ministère réitère l’interdiction formelle de l’affichage sauvage, des dégradations des espaces publics (arbres, feux, équipements urbains) et des obstructions visuelles durant les campagnes électorales, rappelant que les infractions entraîneront des retraits d’affiches aux frais des partis, des sanctions administratives et financières, tout en appelant à la civilité pour des élections respectueuses de l’environnement urbain.
Il ne s’agit pas ici de remettre en cause le principe des campagnes électorales, pilier essentiel de toute démocratie. Il s’agit plutôt d’interpeller sur la manière de les conduire. La conquête du pouvoir ne devrait pas se faire au détriment de l’environnement, encore moins du respect dû aux citoyens qui vivent au quotidien dans ces quartiers envahis de déchets politiques.
Un citoyen, en plein nettoyage un soir confie « ce n’est pas agréable ce qu’ils font. Mais où est-ce que nous pouvons nous plaindre si ce sont les mêmes personnes qui nous gouvernent qui agissent ainsi ? » À l’heure où l’État investit des moyens importants pour assainir les villes et promouvoir un cadre de vie sain, voir ces efforts anéantis en quelques heures par des pratiques irresponsables est révoltant. L’exemplarité devrait commencer par ceux qui sollicitent la confiance du peuple.
Dr Sylvain Djibou, géographe environnementaliste, interrogé sur la question affirme que « les brochures abandonnées nuisent à l’esthétique urbaine et à la qualité de vie. La fabrication, l’impression et le transport de ces différents documents génèrent à coup sûr des émissions de gaz à effet de serre qui amplifie le changement climatique ou le réchauffement climatique.» Plus loin, il ajoute que « ces papiers créent un encombrement visuel »
Ces supports sont majoritairement constitués de papier non recyclé, d’encres chimiques et de plastiques, qui mettent du temps à se décomposer et contribuent à la dégradation des sols et des systèmes de drainage. Lorsqu’ils sont abandonnés dans la nature, ces déchets peuvent obstruer les caniveaux, accentuer les risques d’inondation en saison des pluies et favoriser la prolifération de maladies liées à l’insalubrité. Renchérit Dr Eusèbe Capo, expert environnement et sécurité alimentaire.
Procédure de campagne électorale sans la pollution de l’environnement
Selon nos experts, il est bien possible de faire des campagnes sans polluer l’environnement en faisant des campagnes éco-responsable.
Comme première option par exemple : utiliser les outils numériques tels que les réseaux sociaux, les sites web, les newsletters et les applications mobiles qui permettent de toucher un grand public sans produire de déchets physiques. Il faut aussi, organiser des événements éco-responsables c’est-à-dire privilégier les rencontres citoyennes en plein air ou dans des lieux accessibles avec des supports réutilisables ou numérique. Si l’impression est nécessaire il faut utiliser du papier recyclé, encourager le recyclage en mettant en place des points de collecte pour les supports de campagne usagées. Il faut également favoriser la communication de bouche à oreille et les médias locaux puisque les radios communautaires, les débats télévisés ou les journaux locaux peuvent également faire relayer les messages sans support papier.
Enfin, il est essentiel que les autorités électorales et les collectivités locales renforcent la réglementation, imposent des obligations de nettoyage post-campagne et intègrent la dimension environnementale dans les codes de bonne conduite électorale.
Une campagne propre n’est pas seulement une question d’esthétique ; c’est un acte de civisme, de respect et de cohérence. Car au final, salir les rues pour séduire les électeurs, c’est déjà trahir l’idée même de bonne gouvernance que l’on prétend incarner.
Aser ABALLO