Autour d'un déjeuner de presse vendredi dernier à Porto-Novo : Michel Sodjinou fait de nouvelles révélations sur le retrait de son parrainage et Les Démocrates

Politique

Autour d’un déjeuner de presse tenu vendredi dernier à Porto-Novo, au restaurant L’Endroit, le député de la 19ème circonscription électorale a livré, pour la première fois, sa lecture d’un malaise qu’il dit avoir longtemps porté seul, une rivalité Nord-Sud qui, selon lui, ronge le parti de l’intérieur.

Il y a des silences qui parlent plus que les discours. Celui de Sodjinou Michel, installé depuis l’affaire Eblibou, avait alimenté bien des rumeurs dans les cercles politiques béninois, notamment après le retrait de son parrainage. Vendredi dernier, c’est dans le cadre feutré du restaurant L’Endroit, à Porto-Novo, autour d’un repas partagé avec des journalistes, que le député a finalement choisi de prendre la parole. Non pour régler des comptes, dit-il, mais pour rétablir les faits.

 

Un parrainage, et derrière lui, toutes les questions

Le retrait du parrainage de Sodjinou Michel avait, en son temps, déclenché une vague de commentaires et d’interprétations dans les milieux politiques. Coup de force, règlement de comptes, désaveu, les hypothèses avaient foisonné, faute d’explications. L’élu avait alors fait le choix du silence. Un silence long, qui en disait peut-être plus qu’il n’y paraissait.

Ce qu’il explique aujourd’hui est d’une limpidité désarmante. Ce parrainage portait son nom, le sien, en tant qu’individu, pas celui du parti, ni d’un quelconque collectif. Il en était légalement le seul détenteur. S’il avait accepté, un temps, de le mettre à disposition de Les Démocrates, c’était un geste librement consenti, un acte de bonne volonté politique, rien de plus. Lorsque le dialogue a cédé la place au silence, il a simplement repris ce qui lui appartenait.

« J’attendais qu’on discute. On n’a pas voulu m’écouter. Ce n’est pas de la rancœur, c’est le constat d’un homme qui a tendu la main et s’est retrouvé seul. »

 

Derrière la façade, un parti miné par la fracture Nord-Sud

 

Mais le parrainage n’était que la surface visible d’un malaise bien plus profond. Sodjinou Michel va plus loin, et son diagnostic est sévère.  Les Démocrates souffraient, de l’intérieur, d’une fracture structurelle entre le Nord et le Sud du pays. Une tension que la communication officielle du parti parvenait, non sans habileté, à masquer aux yeux du grand public.

Car de l’extérieur, le parti donnait le change. « Il y avait cet engouement, comme si rien ne pouvait avoir lieu dans le pays sans elle », reconnaît l’honorable. Une image de cohésion, de puissance, d’incontournabilité. Dans les coulisses, pourtant, la réalité était toute autre, des tensions qui s’exprimaient à chaque occasion, des humiliations que certains apprenaient à encaisser en silence, une structure interne trop fragile pour contenir des ambitions contraires.

 

L’élu dit avoir lui-même subi, pendant de longs mois, des vexations répétées qu’il juge fondamentalement incompatibles avec ce que doit être un engagement politique. Sa conclusion, formulée calmement mais sans détour : « Cela ne saurait continuer. » Et, derrière ce constat personnel, une interrogation qu’il pose à voix haute, et qui dépasse sa propre trajectoire : « Quel développement si on va à la conquête du pouvoir avec cette rivalité-là ? »

 

Une vague de départs qui lui donne raison

 

Son départ vers le Bloc Républicain aurait pu rester une anecdote,  l’histoire d’un élu froissé, une querelle interne vite oubliée. Les mois suivants en ont décidé autrement. Ses anciens collègues, l’un après l’autre, ont emprunté le même chemin. Sans mise en scène, discrètement, mais avec la régularité d’une vague de fond que rien ne semblait en mesure d’endiguer.

Chaque départ supplémentaire est ainsi venu confirmer ce que Sodjinou Michel avait été le premier à nommer. Le malaise au sein de Les Démocrates n’était ni le fruit d’une sensibilité excessive, ni un cas isolé. C’était une réalité collective, portée en silence par beaucoup, attendant que quelqu’un ose la dire. Il l’a dit. Et les faits lui ont emboîté le pas.

 

Tourner la page, sans amertume

 

Ce déjeuner avec la presse, Sodjinou Michel ne l’avait pas convoqué pour dresser un réquisitoire. Il dit ne vouloir à personne, et le ton de ses propos,  posé, sans emphase inutile,  semble sincèrement accréditer cette affirmation. Ce qu’il cherchait, c’était un espace pour poser sa version, devant des témoins capables de l’entendre. Le reste, il s’en remet au temps.

« Le meilleur reste à venir. Le temps rétablira les choses » : une formule qu’il avait déjà prononcée, dit-il, le jour de son installation à l’Assemblée nationale, et à laquelle il croit manifestement toujours.

Aujourd’hui pleinement engagé dans la campagne du Bloc Républicain, le député Sodjinou Michel semble avoir retrouvé un élan. Un nouveau chapitre, ouvert sans fracas, mais avec une détermination que ses récentes sorties publiques ne laissent plus guère planer le doute.

 

Fréjus MASSIHOUNTON

 

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