Chronique de madame Christhelle Houndonougbo Alioza : Le service , cette noblesse du cœur qui humanise la société

Chronique
« Le service n’est pas un acte isolé. Il est une posture intérieure, une manière d’habiter le monde ». Propos de Christhelle Houndonougbo Alioza dans sa chronique de cette semaine intitulé: « Le service , cette noblesse du cœur qui humanise la société ». Selon l’auteure, « Servir, c’est comprendre que notre existence trouve sa profondeur lorsqu’elle devient réponse au besoin de l’autre ». C’est pourquoi elle déclare: « Servir, c’est semer sans exiger de voir la récolte, mais ce n’est pas semer sans sagesse… » Lire la chronique.
Chers ami.e.s
Un matin ordinaire, dans une rue presque vide, une femme s’arrête. Un vieil homme peine à avancer. Personne ne regarde. Personne ne filme. Elle prend quelques minutes, l’aide, l’écoute, le rassure, puis repart. Ce geste n’a laissé aucune trace visible, et pourtant, quelque chose d’essentiel vient de se produire. Dans cet instant simple et discret, le service a parlé.
Le service n’est pas un acte isolé. Il est une posture intérieure, une manière d’habiter le monde. De façon conceptuelle, servir signifie reconnaître que la vie n’est pas centrée sur soi, mais sur la relation. Servir, c’est comprendre que notre existence trouve sa profondeur lorsqu’elle devient réponse au besoin de l’autre. C’est faire le choix conscient de l’utilité plutôt que de la visibilité, de la contribution plutôt que de la domination.
Spirituellement, le service est un chemin d’élévation. Il ne consiste pas à s’effacer, mais à se déplacer : descendre de l’ego pour monter en humanité. Celui qui sert accepte d’être un canal plutôt qu’un centre. Chaque service rendu devient une prière silencieuse, chaque geste posé avec amour une offrande, chaque présence sincère une lumière déposée sur le chemin d’un autre. Le service purifie le cœur, apaise l’esprit et réconcilie l’être avec sa mission profonde.
Rendre service sans rien attendre libère l’âme du poids de la reconnaissance et de la tyrannie de l’ego. Il existe une joie profonde, calme et durable, à savoir que grâce à un geste simple, quelqu’un respire mieux, avance un peu plus, souffre un peu moins. Cette joie ne crie pas, elle demeure. Et paradoxalement, celui qui donne sans calcul reçoit toujours davantage : une paix intérieure, une force morale et une richesse spirituelle que rien ne peut acheter.
Cependant, le service authentique connaît aussi ses limites, sans lesquelles il se dénature. Servir ne signifie pas s’anéantir. Lorsqu’il devient sacrifice destructeur, lorsqu’il épuise le corps, l’esprit ou l’âme, le service perd sa noblesse et engendre frustration et amertume. Servir exige le respect de soi, car nul ne peut durablement donner ce qu’il n’a plus.
Le service trouve également sa limite lorsqu’il crée la dépendance. Aider sans responsabiliser affaiblit au lieu d’élever. Le véritable service ne maintient pas l’autre dans l’assistanat ; il l’accompagne vers l’autonomie, la dignité retrouvée et la capacité de tenir debout par lui-même.
Il cesse d’être juste lorsqu’il devient instrument de manipulation ou de domination morale. Servir pour contrôler, imposer, culpabiliser ou rappeler constamment ce que l’on a fait vide l’acte de sa valeur éthique. Le service véritable est libre, silencieux et sans chantage affectif.
Le service est aussi limité lorsqu’il est profondément déséquilibré. Donner toujours, recevoir jamais, accepter l’injustice, l’abus ou le mépris au nom du service n’est ni une vertu ni une sagesse. Toute relation saine suppose une circulation du don et un respect réciproque.
Enfin, servir sans discernement est une autre forme d’aveuglement. Tout besoin n’appelle pas une réponse immédiate. Servir exige lucidité, sagesse et parfois le courage de dire non. Refuser, dans certains cas, c’est encore servir plus justement.
Dans la famille, le service est une école d’amour lorsqu’il est équilibré. Il s’exprime par l’écoute patiente, l’aide offerte sans reproche, le soutien accordé sans condition, mais aussi par le respect des limites de chacun. Ces gestes tissent des liens solides et guérissent des blessures invisibles. Dans la communauté, le service devient un rempart contre l’indifférence lorsqu’il responsabilise, restaure la confiance et renforce la solidarité. Une société qui sait servir avec discernement est une société qui se construit dans la durée.
Le service est aussi le fondement du leadership véritable. Un responsable qui sert écoute avant de parler, agit avant de promettre, répare avant de s’imposer. Il transforme le pouvoir en responsabilité et l’autorité en utilité. Mais un leader qui sert sans cadre ni vigilance s’expose à l’épuisement ou à la récupération. Le service protège le leadership lorsqu’il est guidé par la justice, la clarté et le sens du bien commun.
L’histoire humaine confirme cette vérité. Aristote voyait dans le service rendu à la cité l’expression la plus noble de la vertu. Albert Schweitzer rappelait que le bonheur véritable se trouve dans le don de soi. Martin Luther King Jr. affirmait que chacun peut être grand, parce que chacun peut servir. Mère Térèsa a transformé le service en acte d’amour quotidien, sans jamais chercher la gloire. Nelson Mandela a servi son peuple avec patience et sacrifice, sans renoncer à sa dignité. Wangari Maathai a servi l’avenir en protégeant la nature, sans céder à la peur. Tous ont servi avec conscience et limites.
Servir, c’est semer sans exiger de voir la récolte, mais ce n’est pas semer sans sagesse. C’est croire que chaque geste compte, même quand personne ne regarde, tout en sachant que le bien durable s’accomplit dans l’équilibre. Celui qui sert devient un refuge, un pont, une respiration. En relevant l’autre, il se relève lui-même, sans se perdre.
Le service n’est ni une faiblesse ni une option. Il est une force silencieuse, libre et consciente, qui élève l’âme, fonde le leadership et humanise la société. Qu’il guide nos pas avec humilité et discernement, apaise nos relations et fasse de chacun de nous un artisan discret mais essentiel du mieux-vivre ensemble. Rends toujours, si tu le peux, service pour service.
CHA
Femme Noire, Femme de Pouvoir!