Un reportage de la BBC, publié sur les réseaux sociaux, met en lumière un phénomène méconnu de nombreux lecteurs francophones : l’importance du commerce de viande de chien dans certaines régions du Nigeria, un pays aux multiples identités culturelles et pratiques alimentaires.
Au Nigeria, la consommation de viande de chien localement parfois appelée “404” est plutôt répandue dans certaines zones, notamment au sud et dans le centre du pays. Les marchés spécialisés qui vendent ces animaux attirent acheteurs et vendeurs venus parfois de très loin, ce qui illustre l’ampleur du commerce.
Cette pratique n’est pas simplement alimentaire : elle s’inscrit aussi dans des croyances culturelles et spirituelles. Certaines personnes, dans le reportage, attribuent à cette viande des propriétés supposées curatives ou protectrices, comme la résistance à l’empoisonnement ou le renforcement de l’endurance au travail sans se fatiguer. Des explications qui, selon plusieurs spécialistes, n’ont aucun fondement scientifique mais restent influentes dans les mentalités.
Une ressource économique pour des familles modestes
Pour certains ménages, ce commerce représente une source importante de revenus. Les vendeurs affirment que la vente de chiens destinés à la consommation aide à subvenir aux besoins quotidiens des foyers dans un contexte socio-économique difficile, caractérisé par une forte pauvreté rurale et un manque d’emplois formels.
Cependant, selon des documentaires (sources académiques et articles d’enquête), la plupart des chiens consommés ne sont pas élevés pour la viande : ils sont capturés dans la rue, achetés à des propriétaires ou saisis comme animaux errants, puis transportés sur de longues distances dans des conditions souvent insalubres avant d’être vendus et abattus.
Outre les aspects culturels et économiques, le commerce de viande de chien soulève de sérieuses préoccupations sanitaires. La consommation de chiens non inspectés, souvent capturés comme animaux errants, expose les populations à des risques de maladies zoonotiques telles que la rage, un problème non négligeable au Nigeria où cette maladie reste endémique dans certaines régions.
Des études scientifiques ont également documenté la présence de virus canins chez des chiens destinés à la consommation, ce qui pose la question de la surveillance sanitaire insuffisante et du manque de contrôles vétérinaires dans cette chaîne d’approvisionnement.
Le reportage note que des mobilisations citoyennes ont émergé pour contester le commerce et la consommation de viande de chien. En 2021, plusieurs milliers de Nigérians ont signé une pétition demandant l’interdiction de cette pratique, signe que les mentalités évoluent, en particulier chez les jeunes urbains plus exposés aux débats internationaux sur le bien-être animal. Les défenseurs des droits des animaux soulignent que le chien occupe désormais dans de nombreuses sociétés un rôle d’animal de compagnie, de gardien ou même d’assistance thérapeutique. Une réalité qui entre en tension avec la pratique alimentaire traditionnelle.
Risque de contamination de maladie dans les autres pays de l’Afrique
Les mouvements migratoires permanents entre le Nigeria et ses pays frontaliers notamment le Bénin, le Niger, le Tchad et le Cameroun dans le cadre du commerce, du transport et des activités transfrontalières, soulèvent de réelles inquiétudes sanitaires. En effet, la consommation de viande de chien non inspectée, potentiellement porteuse de maladies zoonotiques comme la rage ou d’autres infections transmissibles, pourrait favoriser la propagation de germes au-delà des frontières nationales. Dans un espace ouest-africain marqué par une forte mobilité des populations et parfois par l’insuffisance des contrôles vétérinaires et sanitaires, l’absence de mesures rigoureuses face à cette pratique pourrait, à terme, constituer un risque sérieux de contamination régionale, voire internationale, transformant un problème local en enjeu de santé publique pour l’Afrique et le monde.
Aser ABALLO