Le 9 février 2026, une journée de très fortes violences a secoué l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar. Les forces de l’ordre sont intervenues à l’intérieur du campus social, où un étudiant a perdu la vie. De nombreux blessés sont également à déplorer. Depuis plusieurs semaines, au Sénégal, les étudiants protestent pour réclamer le paiement d’arriérés de bourses.
La tension est restée vive à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), dans la capitale du Sénégal.
Un étudiant est décédé lundi soir, aux alentours de 19h, selon l’amicale de la faculté de médecine. Il s’appelait Abdoulaye Ba, originaire de Matam, dans l’est du pays. Il était en deuxième année de chirurgie dentaire.
D’après ses camarades, il aurait été violemment agressé dans sa chambre, alors qu’il ne participait pas aux manifestations. Les circonstances exactes restent à éclaircir, mais sa mort a profondément choqué la communauté universitaire.
Toute la journée de lundi a été marquée par un climat de chaos et de grande violence sur le campus social de l’Ucad. Des véhicules blindés ont pénétré à l’intérieur, des gaz lacrymogènes ont été utilisés jusque dans les résidences étudiantes. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des scènes d’affrontements. Un incendie s’est déclaré dans des chambres, obligeant des étudiants à fuir par les fenêtres.
Le bilan est lourd : plus d’une centaine de blessés, certains pris en charge sur place, d’autres évacués vers l’hôpital de Fann, tout proche. On compte aussi une centaine d’interpellations.
Malgré la réouverture des restaurants universitaires lundi matin, la colère des étudiants ne retombe pas : ils réclament le versement de leurs arriérés de bourses. Après les violents affrontements de vendredi dernier, les forces de l’ordre sont intervenues le 9 février à l’intérieur du campus.
« Certains ont le nez cassé, d’autres ont été frappés aux yeux »
Dès le matin, des véhicules blindés ont pénétré dans le campus social. Dans le ciel, des traînées de fumée blanche de gaz lacrymogène. Sur des vidéos, on voit les couloirs des résidences universitaires complètement enfumés. Plusieurs étudiants ont été blessés lors d’affrontements… À l’intérieur du campus, l’infirmerie était débordée.
Cheikh Atab Agna, étudiant en médecine, a participé à la prise en charge des blessés. « Il y a trop de blessés… Certains ont le nez cassé. D’autres ont été frappés au niveau des yeux », détaille-t-il.
Face à la situation, de nombreux étudiants préfèrent quitter le campus, sacs et valises à la main. Fatimata Diop, étudiante en mathématiques, rentre chez elle, à Thiès, les larmes aux yeux. « On rentre à la maison parce que, là, la situation commence à dégénérer, lâche-t-elle. La restauration est fermée depuis trois jours et aujourd’hui on a été bombardés avec des lacrymogènes. Moi, je suis asthmatique, je ne pouvais pas rester comme ça. C’est la première fois de ma vie ».
L’université de Ziguinchor annonce aussi la fermeture de ses restaurants
À l’origine de cette colère, un conflit qui dure depuis plusieurs mois autour du paiement des bourses étudiantes. Les propositions d’aménagement de la direction des bourses n’ont pas convaincu. Des étudiants ont alors voulu organiser des « journées sans ticket », en refusant de payer l’accès aux restaurants universitaires, ce qui a entraîné leur fermeture et l’intervention des forces de l’ordre.
Ibrahima Sène, étudiant en environnement, exprime sa déception : « On ne comprend plus… Réclamer le droit à percevoir nos bourses est devenu une menace pour notre sécurité. Le mouvement d’humeur des étudiants ne donne pas une excuse aux Forces de défense et de sécurité pour pénétrer dans le campus social. »
Ce mardi midi, le campus social a été officiellement fermé jusqu’à nouvel ordre pour des raisons de sécurité. Les étudiants quittent les lieux, valises à la main, pour regagner leurs familles. La direction du centre des œuvres universitaires annonce aussi un suivi psychologique. Ce matin, le calme était revenu, mais le choc reste immense.
Condamnations et condoléances
La mort d’Abdoulaye Ba et ces violences policières sont largement condamnées, à la fois dans le monde étudiant et sur la scène politique. Le Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (Saes) exige le retrait « immédiat et sans condition » des forces de l’ordre du campus social.
Le parti Alliance pour la République de l’ancien président Macky Sall, aujourd’hui dans l’opposition, accuse le pouvoir d’avoir franchi « une ligne rouge » et réclame la démission du ministre de l’Intérieur.
De son côté, l’opposant Khalifa Sall parle de scènes indignes, expliquant qu’il n’aurait pas pensé revivre ça après la troisième alternance démocratique au Sénégal.
Le gouvernement, de son côté, a présenté ses condoléances à la famille d’Abdoulaye Ba. Dans un communiqué, il affirme vouloir faire toute la lumière sur ce drame et annonce des mesures pour renforcer la sécurité des étudiants.
Enfin, l’amicale de la faculté de médecine indique qu’une autopsie sera réalisée et assure qu’elle accompagnera la famille dans d’éventuelles démarches judiciaires.