Bénin : Un ancien Recteur de l’UAC parle du chômage des docteurs et dévoile le réel problème de formation des universitaires

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Dans un post qui a circulé dans les réseaux sociaux lundi 3 mai 2021, l’ex Recteur de l’Université d’Abomey-Calavi, Professeur Brice SINSIN, a évoqué la situation de chômage de centaines de docteurs béninois qu’il n’a pas manqué de tacler puis de conseiller. Il dévoile aussi le réel problème de la formation des universitaires au Bénin.

Au Bénin, des centaines de docteurs sont en situation de chômage et n’attendent que les recrutements, selon le Professeur Brice SINSIN. « Quelqu’un qui sort avec un doctorat et qui dit, sans moyen qu’il ne pourra pas avancer d’un pas, il vaut mieux l’enterrer en même temps. Il risque de devenir un danger pour la société. Le doctorat, c’est le premier diplôme qui ouvre les horizons pour aller chercher de l’argent. Il y a toujours de l’argent qui circule quelque part. Il faut courir pour gagner des projets », conseille le Professeur Brice SINSIN.

Dans le post que rapporte Educ-Afrique le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche  Scientifique a dénombré 665 docteurs en 2017. C’était lors d’un enregistrement en ligne des Béninois aussi bien de l’intérieur que de la diaspora, détenteurs d’un diplôme de doctorat. Ce nombre est en fait l’effectif des docteurs dénombré après apurement de la base de données. Et dans ce lot, informe le Professeur Brice SINSIN, « il y a des bénéficiaires du programme d’allocation du Ministère de l’enseignement supérieur, détenteurs d’un engagement notarié pour servir l’université après la soutenance de thèse, mais qui demeurent jusqu’à présent oisifs. Certains de ces docteurs ont été recrutés comme ‘’moniteurs’’ dans leurs établissements respectifs, suite à des tests mais avec des contrats sans aucune garantie pécuniaire ».

Par ailleurs, parlant de la thèse de certains docteurs, l’ancien recteur de l’UAC déplore un fait :   « Nous devons reconnaître aujourd’hui que plusieurs thèses de doctorat ne serviront en rien notre pays en particulier à répondre à aucun besoin de notre société. Parce que les détenteurs n’ont pas préalablement identifié un problème avant de s’engager dans la course de ce titre universitaire ». Pis, il affirme que « Plusieurs personnes ont obtenu leur doctorat pour plaire à la société, pour faire plaisir à leurs amis, frères, parents et familles ».

Le danger dans le rang des diplômés au Bénin, avertit le Professeur SINSIN, « aujourd’hui c’est la Licence et le Master qui sont frappés par le chômage, demain ça sera le tour du doctorat ». Il donne des conseils aux doctorants. « Si les jeunes qui sont aujourd’hui à quelques mètres du doctorat ne changent pas les données, les paradigmes, leurs motivations envers ce diplôme universitaire, ils vont rester à la maison comme les jeunes détenteurs de licence et de master le sont aujourd’hui ». Et le réel problème, souligne le Professeur SINSIN, « c’est notre incapacité à planifier notre avenir, l’avenir de la jeunesse et surtout à anticiper les problèmes malgré les milliers de planificateurs formés par nos universités ».

« Un doctorat, c’est plusieurs années de souffrances, des millions investis et beaucoup de sacrifices, conséquence nous appelons nos futurs docteurs à soutenir des thèses pouvant leur permettre d’innover, de créer, de résoudre les problèmes de notre société, d’apporter des solutions aux réels besoins des citoyens. Choisissez des thèmes bien inspirés, regardez autour de vous, identifiez les problèmes de votre environnement immédiat et gardez toujours à l’esprit que vous pouvez réussir avec ou sans le doctorat. Une telle mentalité vous épargnera du chômage qui guette déjà votre corporation, vous aidera à mieux réussir après votre doctorat et surtout à accomplir votre mission sur terre. Il faut aujourd’hui des docteurs créateurs pour le bonheur de nos États », conclut l’ex recteur de l’UAC.

 

Armelle C. CHABI

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