« Même pas un simple mal de tête », prévient le patriarche
Le projet de réunification de l’Église du Christianisme Céleste (ECC), porté par l’ancien président de la République, Patrice Talon, semble aujourd’hui dans une impasse. Face à cette situation, la chanteuse béninoise Anna Têko, elle-même fidèle de cette église, a décidé de sortir du silence. Dans une déclaration largement partagée, elle n’a pas mâché ses mots à l’égard des protagonistes de ce dossier qui traîne en longueur.
Cette prise de parole n’est cependant pas passée inaperçue et n’a pas fait que des heureux. De nombreux fidèles et dignitaires ont réagi, parfois avec virulence, à travers des commentaires publiés sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à s’en prendre directement à l’artiste. Une telle dérive n’a pas laissé indifférent le président du Conseil des Sages de la ville de Porto Novo.
Le patriarche Karim da Silva est sorti de son mutisme habituel pour hausser le ton et mettre fermement en garde contre toute atteinte à la vie ou à l’intégrité physique de l’artiste, à qui il apporte sans détour tout son soutien. Pour le nonagénaire, « chacun a le droit de dire ce qu’il pense, et c’est précisément ce qu’a fait Anna Têko en exprimant ses convictions. C’est fort de cette conviction qu’il a lancé un avertissement sans équivoque à l’endroit de ceux qui voudraient s’en prendre à elle. Je mets en garde, même pas un simple mal de tête », a-t-il prévenu.
Revenant sur la déclaration de l’artiste à l’origine de cette agitation, elle s’est interrogée d’abord sur ce blocage. Si l’ancien président a réussi à réunifier d’autres églises, pourquoi cela reste-t-il impossible chez les Célestes ? Pour elle, la réponse tient en un mot, celui de conflits d’intérêts. C’est d’ailleurs ce qu’elle a exprimé sans détour dans une vidéo publiée sur le réseau social YouTube, en affirmant que les gens ont peur d’aborder le sujet, contrairement à elle qui n’a peur de personne, et en résumant sa pensée par une formule choc, celle qui décrit l’Église céleste comme un business.
Anna Têko ne s’est pas arrêtée là. Elle a également dénoncé un climat de non-dit au sein de l’institution, estimant que certaines vérités sur sa gouvernance sont soigneusement dissimulées pour préserver des intérêts financiers, à commencer par le nombre réel de fidèles présents dans chaque paroisse. Elle va même jusqu’à remettre en cause la version selon laquelle le choix de papa Emmanuel aurait été directement inspiré par le Saint-Esprit. Toutefois, ses critiques ne l’empêchent pas d’appeler à l’unité plutôt qu’à la division. Elle rappelle à ce propos le précédent douloureux où l’État avait été contraint de fermer des paroisses, et plaide pour l’instauration d’un véritable rôle de facilitateur, dont la mission ne serait pas de juger les comportements mais bien de rassembler les fidèles. Pour illustrer le manque d’harmonisation qui caractérise, selon elle, l’Église céleste, elle relève qu’il suffit de parcourir dix paroisses au Bénin pour entendre dix versions différentes des mêmes cantiques, alors qu’il s’agit pourtant de la même église.
Fréjus MASSIHOUNTON