Tribune de Christhelle Houndonougbo Alioza : La soumission:  une école d’humilité, de discipline et de sagesse

Chronique

« Il faut parfois savoir s’incliner pour grandir, sans jamais se courber devant ce qui détruit notre dignité. » La soumission est un mot qui dérange. Il évoque, selon les consciences, tantôt l’humilité, la discipline et la capacité à apprendre, tantôt la domination, l’asservissement et la perte de liberté. Pourtant, derrière ce mot se cache une grande leçon de vie : on ne devient pas meilleur en refusant systématiquement d’être corrigé, guidé, enseigné ou rappelé à l’ordre. Il existe une soumission qui élève et une soumission qui détruit. Il existe une soumission choisie et une soumission imposée. Il existe une soumission à la sagesse et une soumission à la peur. Toute la maturité humaine consiste précisément à savoir faire la différence.

 

Août s’en va doucement. Un mois s’achève avec ses victoires silencieuses, ses combats visibles, ses batailles invisibles, ses déceptions, ses espérances, ses prières exaucées et celles qui attendent encore leur heure. Nous avons peut-être souri alors que nous avions envie de pleurer, continué à avancer alors que tout en nous nous demandait de nous arrêter, porté des fardeaux dont personne ne connaissait le poids. Mais nous sommes encore là. Et cela suffit déjà pour dire merci.Merci à l’Invisible, l’Invincible et l’Insondable, à Celui que les yeux ne voient pas mais que l’âme reconnaît, à Celui qui donne la force lorsque nos propres forces semblent avoir atteint leurs limites. Si nous avons traversé hier, c’est que la grâce nous a précédé. Si nous sommes encore debout aujourd’hui, c’est que la main de Dieu ne nous a pas abandonné.

 

Septembre se présente maintenant à notre porte. Et avec lui vient une nouvelle invitation : devenir une meilleure version de nous-mêmes. Mais pour devenir meilleur, il faut parfois accepter de ne pas avoir raison. Il faut accepter d’apprendre, d’écouter, d’être corrigé, d’être guidé. Il faut parfois accepter de se soumettre. L’enfant qui refuse toute règle ne devient pas libre : il devient prisonnier de ses instincts. L’apprenti qui refuse les conseils de son maître ne devient pas expert : il devient prisonnier de son ignorance. Le collaborateur qui refuse toute orientation de son chef risque de devenir prisonnier de son ego. Le dirigeant qui refuse d’écouter devient prisonnier de ses certitudes.

 

La croissance commence souvent là où l’orgueil accepte enfin de s’asseoir pour écouter. Personne ne naît maître. Nous sommes tous, à un moment ou à un autre, des élèves de la vie. Nous apprenons auprès de nos parents, de nos enseignants, de nos mentors, de nos expériences, de nos échecs et parfois même de ceux qui nous ont blessés. La vie nous enseigne que celui qui croit tout savoir finit souvent par ne plus rien apprendre. Socrate l’avait compris : reconnaître les limites de son propre savoir constitue déjà une forme supérieure d’intelligence.L’humilité n’est donc pas une faiblesse ; elle est la porte d’entrée de la sagesse. Il faut parfois accepter d’être petit devant celui qui sait pour devenir grand dans ce que l’on saura demain. Il faut parfois accepter d’être guidé pour apprendre à guider, et servir pour comprendre véritablement ce que signifie diriger.

 

La réussite n’est pas seulement une affaire de talent. Elle est aussi une affaire de discipline. Se soumettre à un programme, à l’effort, à la répétition, à la rigueur et à une exigence personnelle, c’est accepter de faire aujourd’hui ce que notre confort voudrait repousser à demain. La discipline est parfois douloureuse, mais elle est rarement inutile.

Le diamant ne devient pas précieux parce qu’il refuse la pression ; il le devient parce qu’il accepte le processus qui le transforme. Il en va de même pour l’être humain. Nos épreuves, nos contraintes, nos responsabilités et nos renoncements peuvent devenir des instruments de transformation lorsque nous savons leur donner un sens.

 

Mais il faut également avoir le courage de dire que toute soumission n’est pas acceptable. La soumission à l’injustice n’est pas une vertu. La soumission à la violence n’est pas de la sagesse. La soumission à l’humiliation n’est pas de l’humilité. La soumission à l’abus n’est pas du respect.

Une femme ne doit jamais accepter d’être humiliée parce qu’on lui demande d’être « soumise ». Un enfant ne doit jamais subir la violence au nom de l’obéissance. Un citoyen ne doit jamais considérer l’injustice comme normale parce qu’elle vient d’une autorité. Un collaborateur ne doit pas être réduit au silence pour protéger l’ego d’un supérieur.

Dieu n’a jamais demandé à l’être humain de perdre sa dignité pour prouver son obéissance.

 

Il existe des moments où s’incliner est sagesse et d’autres où rester debout est un devoir. Le discernement consiste précisément à savoir lequel des deux est nécessaire. Sur le plan spirituel, la soumission prend une profondeur particulière. Se soumettre à Dieu, ce n’est pas renoncer à son intelligence, abandonner sa responsabilité ou devenir passif devant les difficultés. C’est reconnaître que notre compréhension est limitée et que certaines choses dépassent notre regard humain.

C’est parfois accepter de dire « Seigneur, je ne comprends pas toujours ton chemin, mais je choisis de te faire confiance. » Il y a des portes que nous voulons ouvrir et que Dieu ferme. Il y a des chemins que nous voulons emprunter et que la vie nous interdit. Il y a des personnes que nous voulons retenir et que le destin éloigne. Il y a des réponses que nous réclamons immédiatement alors que le ciel nous enseigne la patience.

 

Dans ces moments-là, la foi devient une école de soumission. Se soumettre à Dieu, c’est parfois accepter de ne pas comprendre aujourd’hui ce que la grâce nous expliquera demain. Et si certaines portes se ferment, ce n’est pas toujours parce que nous avons été abandonnés. Parfois, c’est parce que nous sommes protégés. Parfois, le retard est une préparation. Parfois, le refus est une protection. Parfois, la perte est le commencement d’une nouvelle naissance.

Dieu ne répond pas toujours comme nous le souhaitons, mais cela ne signifie jamais qu’Il cesse d’agir. Il existe également une soumission noble : celle qui consiste à mettre son ego au service de quelque chose de plus grand que soi. Dans une famille, il faut parfois renoncer à avoir le dernier mot pour préserver la paix. Dans une amitié, accepter de faire le premier pas. Dans une communauté, accepter le compromis pour éviter le conflit. Dans une organisation, accepter une décision collective même lorsque notre opinion personnelle n’a pas été retenue. Dans la société, il faut accepter certaines règles communes pour que la liberté de chacun puisse être protégée. La Bible, notamment en Éphésiens 5:21, parle de soumission réciproque. Cette notion est essentielle : la véritable autorité ne demande pas seulement aux autres de se soumettre ; elle commence par la capacité à se maîtriser soi-même.

 

Celui qui veut être respecté doit savoir respecter. Celui qui veut être écouté doit apprendre à écouter. Celui qui veut être servi doit comprendre le service. Celui qui veut diriger doit d’abord apprendre à se gouverner lui-même.

La première personne que nous devons apprendre à diriger, c’est nous-mêmes.

Nous voulons parfois changer le monde alors que nous n’avons pas encore appris à maîtriser notre colère. Nous voulons diriger les autres alors que nous sommes incapables de discipliner nos propres désirs. Nous voulons être honorés alors que nous ne savons pas honorer. Nous voulons être compris alors que nous refusons d’écouter. Nous voulons être aimés alors que notre ego nous empêche de donner.

 

Voilà pourquoi la véritable soumission commence à l’intérieur : soumettre son orgueil, sa colère, ses impulsions, ses paroles, ses ambitions, son ego. Ce n’est pas perdre sa liberté. C’est conquérir la maîtrise de soi. Et celui qui se maîtrise lui-même possède une forme de liberté que personne ne peut lui retirer.

Il faut donc réhabiliter une certaine idée de la soumission. Pas la soumission aveugle. Pas la soumission servile. Pas la soumission qui détruit. Mais la soumission consciente, volontaire, intelligente et digne.

Se soumettre pour apprendre : oui. Se soumettre pour progresser : oui. Se soumettre à la discipline pour réussir : oui. Se soumettre au dialogue pour préserver la paix : oui. Se soumettre à des règles justes pour protéger la collectivité : oui. Se soumettre à Dieu dans la foi et la confiance : oui.

 

Mais se soumettre à l’humiliation ? Jamais. Se soumettre à l’injustice ? Jamais. Se soumettre à la violence ? Jamais. Se soumettre à ce qui détruit notre âme, notre conscience ou notre dignité ? Jamais.

Car il y a des moments où il faut courber la tête pour recevoir une leçon, et il y a des moments où il faut lever la tête pour défendre une vérité.

La sagesse est de savoir lequel des deux moments nous vivons.

 

La grandeur ne consiste pas à ne jamais s’incliner. Elle consiste à savoir devant quoi s’incliner et devant quoi rester debout. S’incliner devant la connaissance, la vérité, Dieu, l’expérience, la justice et la vie lorsqu’elle nous enseigne. Mais rester debout devant l’injustice, l’humiliation, la violence, le mensonge et tout ce qui cherche à nous dépouiller de notre dignité. Parce qu’on peut plier sans se briser. On peut écouter sans s’effacer. On peut obéir sans être esclave. On peut servir sans être inférieur. On peut s’incliner sans perdre sa grandeur. On peut être humble sans être faible. On peut être doux sans être fragile. On peut être soumis à une discipline sans être soumis à la domination. Voilà peut-être la plus belle leçon que nous puissions emporter vers septembre : soumettre notre ego sans soumettre notre dignité ; discipliner nos passions sans étouffer nos rêves ; écouter les autres sans renoncer à notre discernement ; faire confiance à Dieu même lorsque nous ne comprenons pas encore le chemin.

 

Que septembre soit un mois de renaissance, de portes ouvertes, de guérison intérieure, de décisions éclairées et de rencontres providentielles. Un mois où nos efforts silencieux commenceront peut-être à porter leurs fruits. Et lorsque la route deviendra difficile, souvenons-nous que nous ne sommes pas obligés de comprendre tout ce que Dieu fait pour continuer à croire en ce qu’Il prépare.

À vous, fidèles lecteurs des Chroniques de CHA, merci pour votre présence, votre fidélité et ces moments de réflexion partagée. Puissent ces chroniques continuer à être une petite lumière sur les chemins parfois obscurs de nos vies, une invitation à penser autrement, à grandir intérieurement et à regarder le monde avec davantage de hauteur, de sagesse et d’humanité. Que Dieu vous garde, qu’Il éclaire vos pas, qu’Il fortifie vos cœurs et qu’Il vous donne surtout le discernement nécessaire pour savoir quand vous incliner… et quand vous tenir debout.

 

CHA, Femme Noire, Femme de Pouvoir