Le déplacement n’avait rien d’un simple voyage d’études. Pour la délégation de l’Union nationale du patronat centrafricain (UNPC), reçue à Cotonou dans le cadre du projet I-Compete de la Banque mondiale, l’enjeu était plus ambitieux : comprendre comment le Bénin est parvenu, en quelques années, à transformer son environnement des affaires et à faire de l’investissement privé l’un des moteurs de sa croissance.
Dans un contexte où la République centrafricaine cherche à diversifier son économie et à renforcer son tissu de petites et moyennes entreprises, cette mission d’immersion a offert aux représentants du secteur privé centrafricain un aperçu concret des réformes engagées par les autorités béninoises.
Le projet I-Compete, soutenu par la Banque mondiale, vise précisément à renforcer les capacités des PME-PMI centrafricaines et à améliorer leur accès au financement bancaire, l’un des principaux obstacles au développement du secteur privé dans le pays.
Au terme de plusieurs jours de rencontres, la délégation centrafricaine repart avec une conviction : au-delà des investissements, c’est l’organisation de l’État et la qualité du dialogue entre pouvoirs publics et entreprises qui expliquent une large part des performances économiques béninoises.
« C’est une mission d’échange et d’expérience qui nous a permis de rencontrer différents acteurs de la vie économique béninoise, notamment le Conseil national du patronat du Bénin (CNP-Benin), l’ANPE, l’ADPME, la Chambre de commerce et la GDIZ », résume Jean-Gilles Kanko, point focal du projet I-Compete et trésorier général adjoint de l’Union nationale du patronat centrafricain.
La découverte du modèle béninois
Au fil des visites, les responsables centrafricains disent avoir découvert un pays engagé dans une industrialisation rapide, portée par une stratégie de modernisation administrative et de valorisation des filières locales.
La Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), devenue l’un des symboles de cette politique, figure parmi les étapes ayant le plus marqué la délégation.
« Nous avons vu les réalisations industrielles exceptionnelles réalisées au Bénin, qui font de ce pays un modèle de gouvernance en Afrique. Ce qui nous a le plus impressionnés, c’est la politique de dématérialisation des démarches administratives et le développement du numérique, un secteur porteur qui soutient la croissance », poursuit Jean-Gilles Kanko.
Ces observations traduisent une évolution plus profonde de l’économie béninoise. Longtemps dépendant du commerce de transit, le pays mise désormais sur la transformation industrielle de ses matières premières, la simplification des procédures administratives et la numérisation des services publics afin d’améliorer sa compétitivité et d’attirer davantage d’investissements.
Une coopération économique appelée à s’intensifier
La mission ne s’est pas limitée à l’observation. Les échanges ont également débouché sur une volonté affichée de renforcer les relations d’affaires entre les deux pays.
« Nous avons profité de cette visite pour inviter nos homologues béninois à venir nous voir à Bangui afin d’exploiter les opportunités d’affaires sur place. Et ils l’ont accepté avec beaucoup d’enthousiasme », affirme le responsable centrafricain.
Pour les milieux économiques des deux pays, cette invitation ouvre la perspective d’une coopération Sud-Sud plus structurée, fondée sur les investissements, les partenariats industriels et le partage d’expertise plutôt que sur une logique traditionnelle d’assistance.

La République centrafricaine dispose d’importantes ressources minières, forestières et agricoles encore largement sous-exploitées, tandis que les entreprises béninoises cherchent progressivement à élargir leur présence sur les marchés d’Afrique centrale.
Le dialogue public-privé comme levier de développement
Au-delà des infrastructures ou des performances industrielles, c’est surtout la qualité des relations entre l’État et les entreprises qui semble avoir retenu l’attention de la délégation.
« S’il y a une chose que personnellement j’ai retenue de ce séjour à Cotonou, c’est que le patronat accompagne la politique économique du gouvernement et travaille en parfaite harmonie avec les autorités pour le développement du pays », souligne Jean-Gilles Kanko.
Cette remarque renvoie à l’un des piliers de la stratégie économique béninoise : un dialogue régulier entre les pouvoirs publics et le secteur privé afin de lever les obstacles à l’investissement, d’améliorer le climat des affaires et de soutenir l’industrialisation.
Pour les responsables centrafricains, cette coopération institutionnelle apparaît désormais comme une source d’inspiration. Dans un pays confronté à des défis persistants en matière de financement, d’infrastructures et de gouvernance économique, l’expérience béninoise offre l’image d’un État qui cherche à faire du secteur privé un partenaire de la transformation nationale plutôt qu’un simple acteur économique.
La visite de la délégation de l’UNPC pourrait ainsi constituer le premier jalon d’un rapprochement plus durable entre les patronats béninois et centrafricain. Dans une Afrique où les échanges commerciaux intra-continentaux demeurent encore limités, ces initiatives illustrent l’émergence d’une coopération économique fondée sur le partage d’expériences, la circulation des savoir-faire et la recherche de modèles de développement adaptés aux réalités du continent.
A.C.CHABI
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