Cette semaine, madame Christhelle Houndonougbo Alioza nous entretient dans sa chronique hebdomadaire sur un thème délicat: « L’éthique, ce juge silencieux et témoin de nos choix ! »L’éthique, dit-elle, « est un juge silencieux, mais elle est aussi un témoin incorruptible. Elle assiste à nos décisions les plus discrètes. Quand nous gardons un avantage injuste, quand nous nous taisons face à une faute, quand nous justifions l’injustice parce qu’elle nous arrange. Là où l’éthique disparaît, l’honorabilité s’effondre, et avec elle la cohésion sociale ». C’est pourquoi conseille CHA ! « choisir l’éthique aujourd’hui est un acte de résistance spirituelle. Résister à la banalisation du mal. Résister à la facilité. Résister à l’idée dangereuse que « tout se justifie ». Lisez plutôt.
Chers ami.e.s,
Un parent découvre que son enfant a menti pour éviter une sanction scolaire. L’établissement n’a rien vu. Aucun signalement. Aucun risque immédiat. En se taisant, il protège son enfant, préserve la paix familiale, évite la honte. En disant la vérité, il expose l’enfant à la faute, à la sanction, à l’apprentissage difficile de la responsabilité.
Ce choix est intime. Il est ordinaire. Mais il est décisif. Car à cet instant précis, un juge invisible est à l’œuvre : l’éthique.
Elle ne parle pas. Elle n’impose rien. Elle observe. Elle enregistre. Et elle tranche dans la conscience. L’éthique n’est ni une morale de façade ni un discours destiné à rassurer. Elle est une loi intérieure, un appel exigeant qui se manifeste lorsque rien n’y oblige extérieurement. Emmanuel Kant parlait de cette « loi morale en nous » qui commande même dans le silence.
L’éthique est ce moment où l’homme choisit le juste non par peur de la sanction, mais par fidélité à sa dignité.
Nous vivons dans un monde où l’on excuse trop facilement l’injustifiable au nom de l’efficacité, de la réussite ou de la survie sociale. Mais une société qui banalise le mensonge prépare sa propre fragilisation. Nicolas Boileau-Despréaux l’avait exprimé avec une lucidité intemporelle « Dans le monde il n’est rien de beau que l’équité ; Sans elle la valeur, la force, la bonté,
Et toutes les vertus dont s’éblouit la terre, ne sont que faux brillants et que morceaux de verre. »
Sans éthique, même les vertus deviennent trompeuses. Elles brillent, mais ne portent plus rien.
L’éthique est un juge silencieux, mais elle est aussi un témoin incorruptible. Elle assiste à nos décisions les plus discrètes. Quand nous gardons un avantage injuste, quand nous nous taisons face à une faute, quand nous justifions l’injustice parce qu’elle nous arrange. Hannah Arendt nous a appris que les grandes dérives humaines naissent moins de la cruauté que du renoncement à juger. Là où l’homme cesse de se demander « est-ce juste ? », la conscience se retire et le mal s’installe sans bruit.
En effet, un employé reçoit par erreur un virement supérieur à son salaire. L’entreprise ne s’en rend pas compte. La loi ne le rattrape pas immédiatement. Il peut se taire. Personne ne saura. Pourtant, l’éthique est là. Elle observe. Choisir de restituer ce qui ne lui appartient pas, ce n’est pas perdre ; c’est refuser de se construire sur une injustice silencieuse. Aristote rappelait que la vertu est une habitude : on devient juste par des actes justes répétés, surtout quand ils sont invisibles. L’éthique n’est pas seulement une exigence personnelle ; elle est une condition de survie collective. Aucune société ne tient sans confiance, et aucune confiance ne résiste sans équité. Confucius l’enseignait déjà avec force « L’équité est l’essence même de l’homme honorable. Il la pratique avec humilité et l’accomplit en toute sincérité. Un tel homme mérite le nom d’homme honorable. » Là où l’éthique disparaît, l’honorabilité s’effondre, et avec elle la cohésion sociale.
C’est pourquoi l’éthique est d’abord une question d’éducation.
Ce que nous tolérons dans l’intimité devient la norme dans l’espace public. Le mensonge couvert dans le foyer devient la fraude justifiée dans l’institution. Albert Camus écrivait « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Éduquer à l’éthique, c’est apprendre à nommer clairement le juste et l’injuste, sans arrangement ni complaisance. Les grandes figures de l’histoire n’ont pas été grandes par la force, mais par la fidélité à ce juge intérieur. Nelson Mandela a opposé la dignité à la vengeance. Kofi Annan a opposé l’éthique au cynisme du monde. Leur autorité venait de leur cohérence. Ils ont prouvé qu’un homme guidé par l’éthique pèse plus lourd qu’un pouvoir sans conscience. Choisir l’éthique aujourd’hui est un acte de résistance spirituelle. Résister à la banalisation du mal. Résister à la facilité. Résister à l’idée dangereuse que « tout se justifie ».
En ce début de semaine, souvenons-nous que l’éthique nous regarde toujours, même quand personne ne regarde. Elle est ce juge silencieux qui ne condamne pas, mais qui révèle. Ce témoin fidèle de nos choix, qui façonne l’homme que nous devenons et la société que nous laissons. Excellente semaine à toutes et à tous, sous le sceau de la responsabilité, de la dignité et de l’éthique.
CHA
Femme Noire, Femme de Pouvoir !