À l’orée de ce mois de Décembre, période où l’on observe sa vie avec une gravité plus profonde, il nous revient de nous interroger sur la manière dont nous avons défendu ce que nous sommes face aux incompréhensions, aux jugements hâtifs et aux épreuves qui menacent parfois notre paix. Mais avant même de méditer sur nos réactions, il importe d’éclairer ce concept de défense, trop souvent réduit à la confrontation ou à la justification. « La défense, l’intelligence de se protéger sans s’abîmer ! » est le titre de la chronique hebdomadaire de madame Christhelle Houndonougbo Alioza.
Chers ami.e.s,
Les onze premiers mois de l’année se sont écoulés comme un long voyage intérieur, tantôt apaisé, tantôt tourmenté, mais toujours révélateur. Entre les jours qui nous ont portés par leur douceur et ceux qui ont tenté d’ébranler nos certitudes, nous avons poursuivi notre marche, parfois lents, parfois fragiles, mais toujours debout. Nous avons survécu à des vents contraires, à des critiques blessantes, à des épreuves qui auraient pu nous faire renoncer. Et si nous sommes encore là, lucides, animés d’espérance et capables de bâtir, ce n’est ni le fruit du hasard ni le simple effet de la volonté humaine. C’est la marque silencieuse de notre résilience, mais surtout la preuve que la main divine n’a jamais cessé de veiller sur nos pas.
À l’orée de ce mois de Décembre, période où l’on observe sa vie avec une gravité plus profonde, il nous revient de nous interroger sur la manière dont nous avons défendu ce que nous sommes face aux incompréhensions, aux jugements hâtifs et aux épreuves qui menacent parfois notre paix. Mais avant même de méditer sur nos réactions, il importe d’éclairer ce concept de défense, trop souvent réduit à la confrontation ou à la justification.
La défense, dans son essence conceptuelle, n’est pas une bataille. Elle n’est pas le geste impulsif qui cherche à contredire, ni l’acte nerveux qui veut dissiper un malentendu à tout prix. Elle est un principe d’intégrité. Défendre, c’est délimiter ce qui mérite d’être protégé : notre dignité, notre intégrité, nos valeurs, notre paix intérieure, notre vérité. C’est un acte de lucidité morale, une manière de dire non à la déformation de notre identité et oui à la sauvegarde de notre lumière. Sur le plan moral, la défense est un devoir envers soi-même. on ne laisse pas la calomnie ronger ce qui nous constitue, mais on ne permet pas non plus à la colère de défigurer notre humanité. Et sur le plan spirituel, se défendre signifie se tenir dans la vérité, sans haine, sans violence intérieure, avec la certitude que Dieu protège ceux qui gardent leur cœur pur et leur conscience droite. La défense spirituelle n’est jamais une agitation , elle est une stabilité.
Il arrive pourtant, dans nos familles, nos milieux professionnels ou nos communautés, que l’on soit mal compris, injustement jugé ou délibérément attaqué. Beaucoup pensent que la meilleure réponse consiste à réagir immédiatement, comme si riposter était synonyme de force. Pourtant, Sénèque nous met en garde « Celui qui s’empresse de répondre se place sous l’autorité de celui qui attaque. » La véritable force réside dans le discernement, dans la capacité de distinguer les combats qui méritent notre voix de ceux qui ne méritent même pas un frémissement de notre énergie.
Les exemples sont nombreux et révélateurs. L’on se souvient de cet employé accusé à tort d’une faute qu’il n’avait pas commise et qui, au lieu de s’épuiser en explications, choisit la patience. Quelques jours plus tard, les faits le disculpent et sa dignité ressort grandie. De même, cette femme que sa propre famille soupçonnait injustement de paroles mal rapportées préfère se taire, non pas par faiblesse, mais par sagesse. Le temps finit par révéler la vérité, et ceux qui la jugeaient deviennent ceux qui s’excusent. Dans ces situations, ce n’est ni le bruit ni la colère qui ont protégé, mais la maîtrise, le silence choisi et la fidélité à soi-même.
La défense présente d’immenses avantages lorsqu’elle est exercée avec hauteur. Elle protège la dignité en empêchant l’injustice de modeler notre identité. Elle préserve la paix intérieure en nous évitant de répondre à des attaques qui ne visent qu’à détourner notre énergie. Elle clarifie les relations en révélant, avec le temps, les intentions véritables des uns et la solidité morale des autres. Elle offre à la vérité la chance d’émerger sans se déformer dans le feu des débats immédiats. Elle permet aussi de rester aligné avec soi-même, de maintenir la cohérence entre ce que nous croyons, ce que nous disons et ce que nous incarnons.
Mais la défense a aussi ses limites. Elle ne peut rien pour celui qui refuse de se connaître lui-même. Elle devient inefficace lorsqu’elle se transforme en justification permanente ou en réaction compulsive. Elle se dégrade lorsqu’elle nourrit l’orgueil au lieu de nourrir la lucidité. Elle perd sa splendeur lorsqu’elle répond à tout et n’importe quoi, car celui qui défend tout finit par ne défendre plus rien. Et surtout, la défense peut devenir une prison dès lors qu’elle se substitue à l’action, à la responsabilité et au courage d’affronter certaines vérités. Toute défense doit rester mesurée, proportionnée, éclairée par la raison et purifiée par la paix intérieure ; sans cela, elle n’est plus une protection, mais une source de tension.
Martin Luther King rappelait que la dignité est une armure que nul ne peut briser à notre place ; Chinua Achebe enseignait que ce n’est jamais la tempête extérieure qui renverse l’homme, mais la perte de son centre intérieur. Ces perspectives convergent car la défense la plus puissante n’est jamais une explosion, mais une stabilité intérieure, un refus de se laisser défigurer par l’agitation du monde.
Il existe d’ailleurs des moments où aucune explication n’est utile. Lorsque la mauvaise foi domine, lorsque les préjugés ont déjà scellé un verdict, lorsque chaque mot risque d’être déformé, lorsque la vérité n’a pas encore atteint sa maturité, la réaction immédiate devient une perte d’énergie. Le philosophe Alain disait avec justesse « Le temps répond à bien des questions que la colère n’a pas su résoudre. » Le temps démasque, clarifie, apaise, révèle et rétablit. Certaines vérités ne peuvent éclore que sous la lumière lente et patiente du temps.
Ainsi, à l’aube de ce mois de Décembre, l’appel n’est pas à multiplier les paroles, mais à les purifier ; non pas à réagir, mais à se maîtriser ; non pas à convaincre, mais à demeurer fidèles à ce que nous sommes.
Se défendre, ce n’est pas abandonner ses responsabilités, mais refuser les combats inutiles, les disputes toxiques, les provocations qui épuisent l’âme et les charges qui dévient de notre destinée. C’est choisir la hauteur plutôt que l’agitation, la paix plutôt que l’orgueil, la clarté plutôt que la confusion. C’est aussi comprendre que la défense, lorsqu’elle est noble, doit nous élever sans jamais nous abîmer.
Je vous souhaite un mois de Décembre puissant et lumineux, un mois où votre défense sera moins une réaction qu’une élévation, moins un effort qu’une évidence, moins une lutte qu’une affirmation de votre paix intérieure. Que Dieu garde votre cœur, affermisse votre dignité et inspire chacun de vos pas. Puissiez-vous marcher dans la clarté, la maturité et la victoire silencieuse.
CHA
Femme Noire, Femme de Pouvoir.